La famille romaine
Ses cadres
S'il n'a pas été émancipé légalement, l'homme, même marié, est entièrement soumis à son père, qui, seul dans la famille est sui iuris, c'est-à-dire jouit de tous les droits du citoyen, et demeure jusqu'à sa mort le pater familias ayant autorité complète sur tous les siens, même sur sa femme et sur celle de ses fils (mariage cum manu). Car la loi lui reconnaît en principe le ius vitae necisque; mais ne confondons pas le droit et la pratique, et ne nous imaginons pas que chaque père de famille était un tyran sanguinaire!
En fait, la mère de famille, épouse du pater, et même les épouses des fils, seront traitées en «matrones» et, comme de grandes dames, appelées du nom de domina. Car, plus que les maris peut-être, les épouses, sous la direction de la mater familias, sont les vraies maîtresses de la maison; d'ailleurs, leur éducation ne le cède en rien à celle de leur époux et elles s'occupent seules de celle de leurs enfants.
On le voit, les parents romains sont, selon le mot de Sénèque, les «véritables magistrats domestiques», respectés par leurs enfants même mariés, et unis indissolublement entre eux. Cette stabilité de l'union conjugale, qui fut peut-être la cause première de la force romaine, sera gravement compromise, dès le 1er siècle avant l'ère chrétienne, par la pratique du mariage sine manuet du divorce. C'est la décadence qui s'annonce.
Son culte
Les sacra familiaria sont fondés sur une haute conception de la famille; les Romains croient, en effet, que la famille n'est pas seulement une société précaire dans le temps, mais aussi toute la lignée, encore vivante et agissante, à l'esprit de laquelle les vivants demeurent fidèles.
Aussi considèrent-ils comme déités:
- le «lare», âme du fondateur de la famille, génie protecteur de la lignée, représenté par une statuette, précieusement gardée dans le lararium, où brûle en permanence un feu sacré;
- les «mânes», âmes des ancêtres;
- les «pénates», esprits protecteurs du foyer domestique.
Qu'il s'agisse du lare, des manes ou des penates, le pater est le prêtre responsable et président du culte domestique; il devra en transmettre le sens et les rites à ses fils.
Chaque année, les rites des Lemuria (9-12 mai) chassent les fantômes des «larves» ou «lémures», ancêtres oubliés ou criminels.
Lecture de La Cité antique, FUSTEL de COULANGES sur le Culte Familial, p. 39-40:
«Si la famille se désagrège, c'est en grande partie parce que la religion a fait place à un scepticisme généralisé. Sous l'Empire, cette indifférence pour des dieux qui ont les pieds nickelés, pedes lanatos, se manifeste même chez les petites gens.
Que nous voilà loin de cette époque austère et croyante où, dans chaque maison, il y a un autel, et, autour de cet autel, la famille assemblée. Elle se réunit chaque matin pour adresser au foyer ses premières prières, chaque soir, pour l'invoquer une dernière fois. Dans le courant du jour, elle se réunit encore auprès de lui pour le repas, qu'elle se partage pieusement après la prière et la libation
Hors de la maison, dans le champ voisin, il y a un tombeau. C'est la seconde demeure de la famille. Là reposent en commun plusieurs générations d'ancêtres; la mort ne les a pas séparés..
Entre la partie vivante et la partie morte de la famille, il n'y a que cette distance de quelques pas, qui sépare la maison du tombeau. À certains jours, les vivants se réunissent auprès des ancêtres. Ils leurs portent le repas funèbre, leur versent le lait et le vin, déposent les gâteaux et les fruits, ou brûlent pour eux les chairs d'une victime animale.
En échange de ces offrandes, ils réclament leur protection; ils les appellent leurs «dieux» et leur demandent de rendre les champs fertiles, la maison prospère, les coeurs vertueux...
Ce qui unit la famille antique, c'est quelque chose de plus puissant que la naissance, que le sentiment, que la force physique: c'est la religion du foyer et des ancêtres.»
~ Source: À la découverte du monde gréco-romain, M. DEMAT et J. LALOUP, tome 1, 3e édition, H. Dessain éditeur, Liège, 1958.
S'il n'a pas été émancipé légalement, l'homme, même marié, est entièrement soumis à son père, qui, seul dans la famille est sui iuris, c'est-à-dire jouit de tous les droits du citoyen, et demeure jusqu'à sa mort le pater familias ayant autorité complète sur tous les siens, même sur sa femme et sur celle de ses fils (mariage cum manu). Car la loi lui reconnaît en principe le ius vitae necisque; mais ne confondons pas le droit et la pratique, et ne nous imaginons pas que chaque père de famille était un tyran sanguinaire!
En fait, la mère de famille, épouse du pater, et même les épouses des fils, seront traitées en «matrones» et, comme de grandes dames, appelées du nom de domina. Car, plus que les maris peut-être, les épouses, sous la direction de la mater familias, sont les vraies maîtresses de la maison; d'ailleurs, leur éducation ne le cède en rien à celle de leur époux et elles s'occupent seules de celle de leurs enfants.
On le voit, les parents romains sont, selon le mot de Sénèque, les «véritables magistrats domestiques», respectés par leurs enfants même mariés, et unis indissolublement entre eux. Cette stabilité de l'union conjugale, qui fut peut-être la cause première de la force romaine, sera gravement compromise, dès le 1er siècle avant l'ère chrétienne, par la pratique du mariage sine manuet du divorce. C'est la décadence qui s'annonce.
Son culte
Les sacra familiaria sont fondés sur une haute conception de la famille; les Romains croient, en effet, que la famille n'est pas seulement une société précaire dans le temps, mais aussi toute la lignée, encore vivante et agissante, à l'esprit de laquelle les vivants demeurent fidèles.
Aussi considèrent-ils comme déités:
- le «lare», âme du fondateur de la famille, génie protecteur de la lignée, représenté par une statuette, précieusement gardée dans le lararium, où brûle en permanence un feu sacré;
- les «mânes», âmes des ancêtres;
- les «pénates», esprits protecteurs du foyer domestique.
Qu'il s'agisse du lare, des manes ou des penates, le pater est le prêtre responsable et président du culte domestique; il devra en transmettre le sens et les rites à ses fils.
Chaque année, les rites des Lemuria (9-12 mai) chassent les fantômes des «larves» ou «lémures», ancêtres oubliés ou criminels.
Lecture de La Cité antique, FUSTEL de COULANGES sur le Culte Familial, p. 39-40:
«Si la famille se désagrège, c'est en grande partie parce que la religion a fait place à un scepticisme généralisé. Sous l'Empire, cette indifférence pour des dieux qui ont les pieds nickelés, pedes lanatos, se manifeste même chez les petites gens.
Que nous voilà loin de cette époque austère et croyante où, dans chaque maison, il y a un autel, et, autour de cet autel, la famille assemblée. Elle se réunit chaque matin pour adresser au foyer ses premières prières, chaque soir, pour l'invoquer une dernière fois. Dans le courant du jour, elle se réunit encore auprès de lui pour le repas, qu'elle se partage pieusement après la prière et la libation
Hors de la maison, dans le champ voisin, il y a un tombeau. C'est la seconde demeure de la famille. Là reposent en commun plusieurs générations d'ancêtres; la mort ne les a pas séparés..
Entre la partie vivante et la partie morte de la famille, il n'y a que cette distance de quelques pas, qui sépare la maison du tombeau. À certains jours, les vivants se réunissent auprès des ancêtres. Ils leurs portent le repas funèbre, leur versent le lait et le vin, déposent les gâteaux et les fruits, ou brûlent pour eux les chairs d'une victime animale.
En échange de ces offrandes, ils réclament leur protection; ils les appellent leurs «dieux» et leur demandent de rendre les champs fertiles, la maison prospère, les coeurs vertueux...
Ce qui unit la famille antique, c'est quelque chose de plus puissant que la naissance, que le sentiment, que la force physique: c'est la religion du foyer et des ancêtres.»
~ Source: À la découverte du monde gréco-romain, M. DEMAT et J. LALOUP, tome 1, 3e édition, H. Dessain éditeur, Liège, 1958.