Les funérailles romaines
Le Culte des morts.
Les Romains ont un sens aigu de la mort et de l'au-delà et, comme tous les peuples primitifs, ils craignent la puissance des morts.
C'est pourquoi ils s'appliquent à donner à leurs défunts une sépulture en tous points soumises aux rites ancestraux. Car, si le corps demeure insepultum, l'âme erre dans les enfers et terrorise les vivants. De plus, ils considèrent comme spécialement redoutables, ceux qui ont eu une fin prématurée (immaturus finis) ou violente (saevus finis).
Ils tâchent d'apaiser les morts par:
- des libations, repas et sacrifices (origine des combats de gladiateurs);
- des fêtes:
Novendiale: grand deuil de 9 jours après les funérailles ;
Feralia: du 13 au 21 février. Le 22 est le jour de la cara cognatio où l'on offre un repas rituel à sa famille et l'on se réconcilie en cas de brouille.
Parentalia: fête plus solennelle et publique qui remplace les antiques feralia.
Les obsèques
Quoique les funérailles (funus) soient célébrées de jour, on y porte des torches primitivement faites d'étoupe (funes). Sous la direction d'entrepreneurs de pompes funèbres (libitinarii), les enterrements deviennent de plus en plus spectaculaires, au point qu'on a pu dire: «La mort est silencieuse, mais, à Rome, on enterre en fanfare!»
Mise en scène: Q. Scaurus, père de Marcus, vient de mourir. Suivons les phases de ses obsèques
a) Mort et exposition du corps
Sa femme a recueilli son dernier soupir en lui donnant un baiser, ses fils lui ont fermé les yeux. Puis, toute la famille se met à l'appeler (conclamatio). On dresse le corps sur les genoux (supra genua tollere); après cette constatation du décès, on procède à l'onction du corps, qui sera ensuite enveloppé dans la toge blanche. De plus, comme Q. Scaurus a obtenu une couronne civique, on la lui met, et on lui glisse entre les lèvres la pièce de monnaie qui lui permettra de payer son passage à bord de la barque de Charon.
Enfin, après avoir éteint le feu domestique, on étend le corps sur un lit de parade placé dans l'atrium; cette exposition, qui pouvait durer de 3 à 7 jours, ne se faisait que chez les riches.
Au dehors, des branches de sapin indiquent que la maison est visitée par la mort (funesta). À l'intérieur, quatre torches donnent l'impression de chapelle ardente: des parfums brûlent dans des cassolettes, deux pleureuses se frappent la poitrine, une femme joue un air triste sur une flûte, et la famille reçoit les condoléances. De par la ville, un héraut annonce la mort et la date des funérailles.
b) le convoi funèbre
Le transport du corps (efferre, foras ferre) se fait au milieu d'amis et d'invités qui suivent le convoi (prosequi, exsequias ire, funus comitari).
Voici comment Boissier décrit un cortège funèbre: «Il traversait toujours le Forum: on y voyait passer ces joueurs de flûte et de trompette (tibicines et tubicines) qui assourdissaient toute l'assistance, ces pleureuses qui se déchiraient la figure et s'arrachaient les cheveux, cette foule d'amis, de clients, de serviteurs attachés à toutes les grandes maisons, enfin, ces litières qui portaient les images des aïeux: il y en eut plus de 600 aux funérailles de Marcellus.»
Vient alors le brancard (feretrum), en forme de litière, porté par huit hommes. Au forum, le lit funèbre est déposé sur les Rostres, tandis que l'on prononce l'oraison funèbre (laudatio funebris).
Après quoi, le cortège sort de l'enceinte et se dirige vers la via Appia. Détail curieux, dans ce cortège impressionnant, figuraient parfois des clowns qui mimaient les tics ou les défauts du mort!
c) Inhumation ou incinération
Le cadavre était incinéré (urere) ou inhumé (sepelire). Dans le second cas, le corps était disposé dans un coffre de pierre (arca lapidea), qu'on enfouissait dans la terre. Des deux rites, c'est ce dernier qui finit par prévaloir, probablement sous l'influence du christianisme.
Q. Scaurus sera incinéré: en plaçant le corps sur le bûcher (rogus ou pyra), on dispose à côté de lui des objets personnels de valeur, et les assistants jettent des munera (vivres, parfums, etc.) Puis, il y a une ultima conclamatio, et on met le feu au bûcher. Ce sont encore les proches qui rassembleront les cendres dans une urne de marbre, pieusement déposée dans le monument des Scauri (famille de Q. Scaurus), le long de la Voie Appienne.
Des cérémonies purificatoires et un repas complètent la cérémonie: la purification se fait par l'eau et par le feu; le menu est stéréotypé: oeufs, légumes, volaille, pain et sel. On n'oublie pas le mort à qui l'on réserve quelques aliments et du vin.
Nous avons assisté ici aux funérailles d'un économiquement fort. Les pauvres seront voués pendant longtemps à la fosse commune jusqu'à la création des collegia funeralia, associations qui n'avaient d'autre but d'assurer des funérailles décentes à leurs membres: à cet effet, elles firent édifier des colombaires.
~ Source: À la découverte du monde gréco-romain, M. DEMAT et J. LALOUP, tome 1, 3e édition, H. Dessain éditeur, Liège, 1958.
Les Romains ont un sens aigu de la mort et de l'au-delà et, comme tous les peuples primitifs, ils craignent la puissance des morts.
C'est pourquoi ils s'appliquent à donner à leurs défunts une sépulture en tous points soumises aux rites ancestraux. Car, si le corps demeure insepultum, l'âme erre dans les enfers et terrorise les vivants. De plus, ils considèrent comme spécialement redoutables, ceux qui ont eu une fin prématurée (immaturus finis) ou violente (saevus finis).
Ils tâchent d'apaiser les morts par:
- des libations, repas et sacrifices (origine des combats de gladiateurs);
- des fêtes:
Novendiale: grand deuil de 9 jours après les funérailles ;
Feralia: du 13 au 21 février. Le 22 est le jour de la cara cognatio où l'on offre un repas rituel à sa famille et l'on se réconcilie en cas de brouille.
Parentalia: fête plus solennelle et publique qui remplace les antiques feralia.
Les obsèques
Quoique les funérailles (funus) soient célébrées de jour, on y porte des torches primitivement faites d'étoupe (funes). Sous la direction d'entrepreneurs de pompes funèbres (libitinarii), les enterrements deviennent de plus en plus spectaculaires, au point qu'on a pu dire: «La mort est silencieuse, mais, à Rome, on enterre en fanfare!»
Mise en scène: Q. Scaurus, père de Marcus, vient de mourir. Suivons les phases de ses obsèques
a) Mort et exposition du corps
Sa femme a recueilli son dernier soupir en lui donnant un baiser, ses fils lui ont fermé les yeux. Puis, toute la famille se met à l'appeler (conclamatio). On dresse le corps sur les genoux (supra genua tollere); après cette constatation du décès, on procède à l'onction du corps, qui sera ensuite enveloppé dans la toge blanche. De plus, comme Q. Scaurus a obtenu une couronne civique, on la lui met, et on lui glisse entre les lèvres la pièce de monnaie qui lui permettra de payer son passage à bord de la barque de Charon.
Enfin, après avoir éteint le feu domestique, on étend le corps sur un lit de parade placé dans l'atrium; cette exposition, qui pouvait durer de 3 à 7 jours, ne se faisait que chez les riches.
Au dehors, des branches de sapin indiquent que la maison est visitée par la mort (funesta). À l'intérieur, quatre torches donnent l'impression de chapelle ardente: des parfums brûlent dans des cassolettes, deux pleureuses se frappent la poitrine, une femme joue un air triste sur une flûte, et la famille reçoit les condoléances. De par la ville, un héraut annonce la mort et la date des funérailles.
b) le convoi funèbre
Le transport du corps (efferre, foras ferre) se fait au milieu d'amis et d'invités qui suivent le convoi (prosequi, exsequias ire, funus comitari).
Voici comment Boissier décrit un cortège funèbre: «Il traversait toujours le Forum: on y voyait passer ces joueurs de flûte et de trompette (tibicines et tubicines) qui assourdissaient toute l'assistance, ces pleureuses qui se déchiraient la figure et s'arrachaient les cheveux, cette foule d'amis, de clients, de serviteurs attachés à toutes les grandes maisons, enfin, ces litières qui portaient les images des aïeux: il y en eut plus de 600 aux funérailles de Marcellus.»
Vient alors le brancard (feretrum), en forme de litière, porté par huit hommes. Au forum, le lit funèbre est déposé sur les Rostres, tandis que l'on prononce l'oraison funèbre (laudatio funebris).
Après quoi, le cortège sort de l'enceinte et se dirige vers la via Appia. Détail curieux, dans ce cortège impressionnant, figuraient parfois des clowns qui mimaient les tics ou les défauts du mort!
c) Inhumation ou incinération
Le cadavre était incinéré (urere) ou inhumé (sepelire). Dans le second cas, le corps était disposé dans un coffre de pierre (arca lapidea), qu'on enfouissait dans la terre. Des deux rites, c'est ce dernier qui finit par prévaloir, probablement sous l'influence du christianisme.
Q. Scaurus sera incinéré: en plaçant le corps sur le bûcher (rogus ou pyra), on dispose à côté de lui des objets personnels de valeur, et les assistants jettent des munera (vivres, parfums, etc.) Puis, il y a une ultima conclamatio, et on met le feu au bûcher. Ce sont encore les proches qui rassembleront les cendres dans une urne de marbre, pieusement déposée dans le monument des Scauri (famille de Q. Scaurus), le long de la Voie Appienne.
Des cérémonies purificatoires et un repas complètent la cérémonie: la purification se fait par l'eau et par le feu; le menu est stéréotypé: oeufs, légumes, volaille, pain et sel. On n'oublie pas le mort à qui l'on réserve quelques aliments et du vin.
Nous avons assisté ici aux funérailles d'un économiquement fort. Les pauvres seront voués pendant longtemps à la fosse commune jusqu'à la création des collegia funeralia, associations qui n'avaient d'autre but d'assurer des funérailles décentes à leurs membres: à cet effet, elles firent édifier des colombaires.
~ Source: À la découverte du monde gréco-romain, M. DEMAT et J. LALOUP, tome 1, 3e édition, H. Dessain éditeur, Liège, 1958.